Sky is the limit !

C’est tout excités qu’on se réveille ce mardi 14 juin 2016 et qu’on se rend à l’agence que nous avons choisie pour partir faire…

… l’ascension du sommet Huayna Potosi, culminant à 6088 mètres!

Un géant, comparé à ce qu’on trouve dans nos belles Alpes.

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Cela fait plusieurs jours, depuis notre arrivée à La Paz, que le Huayna Potosi s’impose à notre vue et nous nargue gentiment de là-haut. Chaque jour on se dit « on va se le faire! ».

DSC_0632Mais nous attendons patiemment de bien finir de nous acclimater et d’habituer nos corps à de telles altitude. La Paz étant à 3600 mètres c’est le parfait point de départ.

À l’agence nous rencontrons nos compagnons d’aventure 🙂

Nous serons 10 à tenter de rejoindre le sommet 3 jours plus tard. Uniquement des européens! Kirsi, Géraldine & Thomas des français, Nicklas & Jonas des bâlois, Roman un autrichien, Yvonne, Katrin et Daniel des allemands.
Nous ne le savons pas encore à cet instant précis mais nous allons passer de super moments ensemble et être un groupe soudé qui s’entraide dans la difficulté et s’encourage.C’est parti, nous partons avec tout notre matériel, nos guides et le cuisinier (!) en van. Adieu la pollution insupportable de La Paz et hola le grand air pur de la montagne!

Après plusieurs heures de route on approche de ce sommet qui sera notre challenge, notre défi …. et notre douleur.

Nous atteignons le camp de base | 4700m | en fin de matinée, un lunch copieux nous y attend.
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Nous allons avoir besoin de forces ces prochains jours et Rudi, le cuisinier trop gentil, va prendre soin de nos estomacs 🙂 L’après-midi on attaque la partie la plus fun de l’expédition: on va apprendre à utiliser et se sentir en confiance avec notre matériel (crampons et piolets, hé oui il faut dompter le glacier) et surtout faire de l’escalade sur glace!! Une première pour nous tous et surtout un rêve pour Mathieu & moi. On s’éclate sur nos parois de glace, on s’encourage les uns les autres à atteindre le sommet de la paroi. Il y a ceux qui ont des techniques un peu spéciales, bretonnes je dirais ;), et qui montent les dévers sur les genoux, littéralement!
DSC_1901Retour au camp de base pour un 4h (pop corn & maté!), on profite ensuite de quelques heures de libres pour partager nos conseils voyages avec les autres. Il y a ceux qui arrivent du nord qui nous disent quels endroits ne pas louper en remontant l’Amérique du sud ou même l’Amérique centrale et ceux qui comme nous ont commencé au sud et remontent.

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Après un excellent souper nous allons nous coucher à l’étage dans une grande pièce, chacun avec son petit matelas. On a comme l’impression d’être en colonie de vacances. Nous aurons tous de la peine à nous endormir ce soir-là.

Oh mais pas à cause du froid, ni de l’altitude! Mais parce que les guides ont décidé de faire une petite soirée improvisée bières & musique à pleins tubes jusqu’à 2:00 du matin.
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Bref, la nuit a été courte. Mais qu’importe, on est ravis d’être ici et d’attaquer la deuxième journée. Petit déjeuner, préparation de nos sacs (50 à 70 litres remplis de tout notre matériel, soit environ 15 kilos). Après le repas de midi on s’en va rejoindre le High Camp | 5130 mètres |.
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Soit plus de 2 heures de marche et de grimpe en montée assez raide, entre les cailloux et rochers avec 15 kilos sur le dos. On comprend vite que ce n’est qu’un petit avant-goût de ce qui nous attend le lendemain. Les paysages sont magnifiques, on est heureux de monter et d’être dans ce merveilleux cadre de haute-montagne. Et ce malgré la difficulté et la sueur. La cabane du High Camp est encore plus petite et « intime » que celle du camp de base. Il y a 12 lits superposés et 3 tables au pied des lits pour les repas. À part dormir et manger il n’y a rien d’autre prévu au programme!
Un autre groupe a déjà pris possession des lieux, ils monteront en même temps que nous.
Le départ de 5130 mètres pour le sommet à 6088 mètres est prévu à 1:00 du matin, soit un réveil à minuit. Raison pour laquelle on soupe à 18:00 et on se couche à 19:00 (en se forçant pour tenter de trouver le sommeil à une telle heure). On sent depuis quelques heures l’impact de l’altitude sur notre corps. Certains y sont plus sensibles que d’autres. Mal de tête, mal d’estomac, vertiges, montées d’acide, moins d’air disponible. On dort à peine quelques heures avant le réveil à minuit. Le manque d’air, la nervosité, l’excitation, le froid, l’altitude nous empêchent de trouver le sommeil.On déjeune (oui oui à minuit), on prend de dernières forces, on s’équipe et on part par cordées de deux personnes et un guide. Mathieu et moi tenions à être encordés ensemble malgré le décalage entre ma condition physique et la sienne.

Il nous semblait important de vous donner notre point de vue à chacun quant à cette journée du jeudi 16 juin, le jour où nous avons voulu aller toucher les étoiles ☆.

Voici mes impressions personnelles (Nathalie) de cette ascension qui fût incroyable en tous points de vue:

C’est parti pour 6h d’ascension!

Faire l’ascension d’un haut sommet a toujours été quelque chose que je souhaitais faire, la montagne faisant partie de ma vie depuis toujours. Cependant, je ne pensais pas avoir la technique ni la condition physique pour le faire. Et il y a un monde entre 2000-3000 mètres et 6000 mètres…

Raison pour laquelle le Huayna Potosi est le sommet idéal pour commencer à faire de la haute montagne: il est techniquement plutôt simple. 3 jours dont une demi-journée d’initiation à l’escalade de glace. A peu près n’importe qui peut le tenter s’il est un minimum sportif.

La seule inconnue est l’altitude. Personne ne peut savoir comment son propre corps réagira à de telles altitudes. Même la personne la plus sportive pourrait souffrir du mal d’altitude. On n’a aucune garantie avant d’avoir essayé.

J’appréhende beaucoup cette expédition, de peur de ne pas arriver au sommet, qui pour moi serait un échec. Mais Mathieu me booste et je sais qu’il sera là pour me foutre des coups de pied aux fesses pour que j’atteigne le sommet avec lui. On souhaite plus que tout admirer le lever de soleil ensemble à 6088 mètres et se dire qu’on a accompli ce défi les deux. C’est d’ailleurs une pression supplémentaire de devoir réussir ce défi, pour moi, mais également pour lui, ne pas le décevoir.

Le premier jour se passe extrêmement bien, que ce soit l’altitude ou l’escalade de glace. On est comme des gamins avec nos piolets. Cela fait des années que je me dis qu’il faudrait que je teste cette activité en Suisse mais l’occasion ne s’est jamais présentée.

C’est en quelque sorte un vieux rêve que je réalise là 🙂

Le second jour est assez dur pour moi car devoir marcher, voire à moitié escalader certains endroits, dans de telles pentes me met K.O. Mais ajoutez à cela 15 kilos de matériel sur le dos et le manque d’oxygène durant deux heures, j’ai l’impression d’étouffer, que mes poumons vont exploser. Mais je mets toutes mes forces et mon énergie, je continue en faisant quelques pauses pour reprendre ma respiration et j’atteins le High Camp (et même pas dans les derniers!) fière de moi. Je refuse même que l’on porte mon sac dans les derniers mètres car je suis forte et indépendante (comme je le dis si souvent 😉 ).

À ce moment précis j’appréhende la longue ascension du lendemain. Si j’en chie autant durant deux heures qu’est-ce que ce sera durant six heures? Mathieu me rassure en disant que les 15 kilos en moins feront la différence et que j’en suis capable. À ce moment-là j’y crois fort!

Sur notre groupe de 10 nous sommes 4 filles à monter (une, étant malade est restée au camp de base). On a toutes un niveau à peu près équivalent et on a peur de ne pas réussir à suivre ces messieurs! Mais on va tout donner, comme eux, car autant qu’eux on veut arriver « là-haut ». Mais il est vrai que durant la montée du Base Camp au High Camp ils avaient (pour la plupart) plus de facilité que nous. Bon, nous verrons demain.

La nuit à 5130 mètres n’est pas la meilleure que je passe… Je stresse, je ne ferme pas l’œil de la nuit, j’ai quelques maux d’altitude (montées d’acide & l’air qui se fait plus rare même en étant simplement couchée). À minuit on se réveille, je tente de grignoter un peu mais à part des feuilles de coca rien ne passe. Départ à 1:00 avec ma cordée, plus le temps de stresser ou de réfléchir, c’est le moment d’y aller! Mathieu et moi montons avec une guide, Rachel. Elle est américaine mais vit à El Alto depuis 3 ans. Elle est sympa et patiente. Elle sait que Mat et moi n’avons pas la même condition physique mais sait aussi que nous voulons réussir ensemble. Je la suis et Mathieu est derrière moi.

Frontales au front (non non au coude… ha-ha-ha) on commence à monter dans cette nuit si noire. C’est impressionnant mais si beau. Le ciel étoilé, la neige, le glacier qui se dessinent à nos yeux. On se sent un peu seuls au monde dans cette étendue d’or blanc, même si nous sommes plusieurs cordées à se suivre.
L’air est si pur, la nuit est si calme. Il fait froid mais les muscles chauffent pas après pas. Chaque pas demande un effort incommensurable. Chaque pas est une petite victoire.

Je fais faire plusieurs pauses à ma cordée pour tenter de remplir mes poumons. Après chaque pause de quelques secondes je retrouve l’énergie pour continuer. Ma cordée comprend mes efforts et se calque sur mon rythme. Mathieu est derrière moi et me booste, m’encourage.

On dépasse d’autres cordées, d’autres cordées nous dépassent. On fait des petites pauses pour boire et manger (chocolat, barres de céréales) et mastiquer de la coca. J’espère que la coca fasse passer les maux d’altitude qui s’amplifient. On atteint gentiment 5500m, il apparait qu’une des filles a dû abandonner suite à des vertiges. 5600m. 5700m. C’est dur mais on y croit. La nuit est moins noire, moins intense, le jour se lève tout doucement. On a une vue incroyable sur El Alto qui dort encore sous mille feux. 5800m. Mes deux copines, à quelques cordées de nous, sont au plus mal entre crampes, vertiges, vomissements et j’en passe. Elles ont atteint leur limites à cause de l’altitude et décident de descendre. Car il y a un élément qu’il faut garder à l’esprit et qui compte énormément lorsqu’on pèse le pour et le contre: la descente.

Il faut compter environ 3 heures pour descendre et contrairement à ce que l’on peut croire ce n’est pas forcément si simple. On a tendance à se relâcher, on n’a plus de force dans les jambes, il n’y a plus l’adrénaline pour nous porter.

La pression est forte: réussir pour moi, pour Mathieu, pour la guide Rachel mais aussi pour qu’il y ait au moins une fille du groupe qui atteigne le sommet. On ne voudrait pas laisser les hommes entre eux là-haut 😉

Je puise au fond de moi, je fais appel à mes ultimes forces, je tente de faire abstraction du froid glacial qui m’envahit et du mal-être et de switcher sur mon mental uniquement pour les ultimes mètres. Je dois faire de plus en plus de pauses tant j’ai l’impression que ma cage thoracique va exploser. Les nausées et vertiges n’aident pas. Mais je lutte.

À 5900 mètres nous faisons face à un ultimatum. On voit bien les trois que je ne suis pas certaine d’arriver au bout. J’ai trop peur de priver Mathieu de la réussite de son ascension (dont il est largement capable car il est plutôt en forme à ce moment-là). Une cordée avec une place disponible, suite à un abandon, peut l’accueillir pour continuer l’ascension à un bon rythme. C’est soit cela et je continue avec Rachel seule autant que je le peux. Ou alors nous continuons Mathieu et moi mais si je devais abandonner et descendre il serait contraint d’abandonner lui aussi et renoncer à son rêve alors qu’il en est capable.

Dans ma tête tout se mélangent, les pours, les contres. Mon état actuel (l’altitude ne m’épargne pas), garder de la force pour redescendre, je veux y arriver, dernier moment pour prendre une décision, Mathieu & moi là-haut, mon corps est au bout, les derniers 200 mètres sont les plus durs de l’ascension (nous en étions conscients en commençant), je ne veux pas avoir de regrets, je lutte,…Je n’y repense pas à deux fois et je dit à Mat de rejoindre l’autre cordée. Au moins il aura la garantie d’arriver en-haut. Je n’ai pas envie de le priver de ça. Il veut arriver au sommet et rejoint donc l’autre cordée. À moi maintenant de faire mon possible seule. J’ai les larmes aux yeux lorsqu’il part après que je lui ait promis de tout donner pour le rejoindre au plus vite.

Avec Rachel on repart à deux.

Un pied devant l’autre. Une vingtaine de mètres avec de grosses marches, lever la jambe de 60 cm, si dur, avant d’atteindre la partie la plus compliquée de l’ascension. Parfois je lève les yeux et vois Mathieu qui se rapproche de la cime, je suis trop contente pour lui!

Beaucoup de choses passent par ma tête. Et je prends la rude décision de m’arrêter là. Mes jambes ne me portent plus, je sais que j’ai déjà débordé sur la force dont je vais avoir besoin pour descendre, je ne sais pas comment je vais réussir à descendre par moi-même. Le froid a pris possession de moi, ma tête tourne, les nausées sont plus fortes, mon estomac se tord, je ne sais pas où trouver les dernières forces pour effectuer la partie la plus dure. Malheureusement, et je le regrette encore maintenant, tout cela prend le dessus sur mon envie d’arriver au sommet. Je dis à Rachel que j’ai décidé de m’arrêter là. Elle me fait comprendre que je prends la bonne décision. Je crois qu’elle savait dès le début que je n’arriverais pas en haut. J’aurais tellement aimé lui prouver le contraire!

On monte encore 3-4 mètres afin de rejoindre la voie pour descendre. C’est à ce moment-là que je tourne la tête et vois de loin Mathieu arriver au sommet avec sa cordée et s’asseoir sur la cime. Mes larmes de joie pour lui se mélangent à mes larmes de rage, de déception, de tristesse. J’espère qu’il ne m’en voudra pas et qu’il ne sera pas déçu de moi.

Je ne peux pas dire que la descente a été horrible. J’ai, du haut des 5920 mètres atteints, assisté au plus beau coucher de soleil que je n’avais vu de ma vie. Le plus beau car j’étais au plus proche du ciel et des étoiles? Le plus beau car c’est celui pour lequel j’ai le plus sué? Le plus beau car la vue de là-haut est tellement majestueuse? Le plus beau car on voyait des dizaines de sommets, ainsi que le lac Titicaca? Le plus beau pour ses couleurs? Le plus beau car autour de moi tout est blanc, tout est pur et rien ne peut parasiter ce spectacle? Tout cela à la fois bien évidemment.
Le plus beau lever de soleil, mais aussi le plus amer. Je voulais tant le voir de là-haut avec *lui*.

DSC_2011DSC_1956DSC_1939J’imagine que j’ai « oublié » l’épuisement en descendant face à ce spectacle de la Nature. Je ne sais pas comment mais je suis arrivée au High Camp 3 heures plus tard, soit à 9:00. Je me suis littéralement effondrée, mes jambes m’ont lâché à ce moment précis.

Mon corps entier enfait. Malade comme un chien et triste comme tout je me suis effondrée dans mon lit.

Ce que je retiens de cette expérience que j’ai eu la chance de vivre c’est:

  • J’ai atteint 5920 mètres
  • Il me manquait 168 mètres
  • 168 mètres ce n’est rien
  • Mais 168 mètres à cette altitude et dans cet état c’est énorme
  • Je ne rejoins pas le club des 6000
  • Jamais je ne me serais crue capable d’arriver ne serait-ce qu’au High Camp à 5130 mètres
  • J’ai repoussé mes limites bien plus loin que je n’aurais cru
  • Je suis fière de ce que j’ai accompli, malgré ces 168 mètres manquants
  • J’ai assisté à la plus spectaculaire démonstration de la nature que j’aie vue à ce jour
  • Je vais, dès ce jour, travailler mon mental et ma condition physique afin de pouvoir un jour faire mieux
  • La montagne est mon élément, je m’y sens bien
  • Il faut continuellement se lancer des défis, repousser ses limites
  • On vit avec ses décisions et ses regrets, des regrets j’en ai encore des semaines plus tard: 168 mètres seulement…
  • On veut inévitablement aller plus haut, recommencer
  • La nature sera TOUJOURS au-dessus de nous, il faut respecter cela
Voici le ressenti à Mathieu suite à son exploit 🙂
Il est 0h00 je n’ai pas vraiment dormi, trop excité par l’ascension ou alors la peur de ne pas réussir! Il ne me faut qu’une dizaine de minutes pour m’équiper, je suis prêt, impatient d’en découdre avec cette montagne. Il est 1h, c’est parti avec Nathalie et Rachel notre guide.
La première  partie c’est sur les rochers, très pénible, mes chaussures sont peu confortables, comparables à des chaussures de ski en à peine  mieux. Il fait nuit noire. Nath marche devant moi. Une trentaine de minutes sur les rochers, heureusement pas plus! Cette partie était assez raide, instable, peu agréable. On arrive au moment où il faut mettre les crampons et s’encorder pour continuer dans la neige, sur le glacier; bien plus sympa !!
On continue dans la neige, enfin la glace, encordés tous les 3. Rachel en première, Nathalie suit et je ferme la marche! On avance à bon rythme, régulier et face à nous dans le noir, à la seule lumière de la lune on distingue ce pic. Ce fameux pic que l’on doit atteindre! Il paraît si haut, si pentu, si impressionnant, si beau. Mais ça ne nous décourage pas. On l’aura!
Je suis plein d’énergie, ma respiration ne me pose pas de problème, pas de problème d’altitude. À chaque pause je prends une bonne poignée de feuilles de coca que je  mastique sans cesse et celles-ci m’auront donné de l’énergie jusqu’au bout! Bien mieux que des barres de céréales, vitamines ou autre. Ma seule source d’énergie, mon médicament contre l’altitude, mon anti-sommeil aura été de mâcher des feuille de coca durant toute l’ascension et la descente. L’ascension continue, on fait des pause régulièrement, on rejoint la cordée de devant nous. On fait le point: certains commencent à fatiguer, à sentir les problèmes de l’altitude.
Nous ça va, il doit être environ 4 heures. Nous avons fait la moitié du chemins, passé quelques impressionnantes crevasses, utilisé le piolet de temps en temps mais pas de grande difficulté technique.
Il fait toujours noir et s’offre à nous un spectacle incroyable, là au milieu de cette montagne, au-dessus de nous quelques étoiles filantes et au-dessous la ville de El Alto qui se réveille. Incroyable, magnifique! Il faut continuer, ne pas perdre de temps car il faut arriver en haut avant le lever du soleil.
La partie la plus dure arrive, une pente très raide, étroite s’élève devant nous. On va mettre en pratique ce qui a été appris hier, l’utilisation du piolet et bien marcher avec des crampons sur de telles pentes.  Pas facile mais je suis en forme. On doit être à 5600 mètres, je m’inquiète: Nathalie a de plus en plus de mal à respirer, elle est pâle et doit s’arrêter plus fréquemment, je l’encourage, la motive et la pousse à son maximum, lui dit de ne rien lâcher. Elle ne me répond pas, j’espère qu’elle m’entend! Je sais qu’elle donne tout !! C’est la seule fille qui reste sur cette ascension aujourd’hui. Les autres on été contraintes à abandonner peu avant. Je veux qu’on réussisse!  C’est son challenge, son rêve.
On continue, il fait très froid, physiquement ça va, la respiration ça va mais j ai les pieds gelés. S’arrêter souvent ne m’aide pas, je ne sens plus mes doigts de pieds. Mais ça va on continue, ce sommet est de plus en plus près. On distingue la cime, on va l’avoir!
Nous voilà environ à 5800 mètres d’altitude. Rachel nous met a l’évidence, c’est de plus en plus dur pour Nathalie. Deux options: soit je rejoins la cordée de devant et je file sans Nath, soit on redescend les 2. Hors de question! Nath va le faire, je ne veux pas monter sans elle, ça n’a pas de sens. Rachel comprend. On repart, on continue. De mon côté tout va toujours bien; je suis surpris! Je ne me sens pas fatigué et l’altitude ne me joue aucun tour. Cette feuille de coca a vraiment des vertus inégalables! Ce n’est pas le cas pour tout le monde.
Nous sommes à 5900 mètres d’altitude et la partie la plus dure et technique de l’ascension est devant nous. Rachel nous dit clairement que c’est ma dernière chance de rejoindre une autre cordée. La dernière cordée libre, celle de Jonas le bâlois vient de passer devant nous. Si je ne la rattrape pas maintenant ce sera trop tard: si Nathalie est contrainte d’abandonner il faudra qu’on redescende les deux. On a peu de temps pour réfléchir. On se regarde, on se comprend et c’est un crève-cœur mais je dois rejoindre la cordée devant moi. Je demande à Rachel de pousser Nath au plus haut; je ne perds pas espoir!!
Me voilà encordé à Jonas et un guide bolivien un peu fou mais qui donne le rythme pour cette dernière pente. Encore une heure d’ascension assez raide sur un petit couloir. Mes deux pieds ne passent pas l’un à côté de l’autre, je suis obligé de marcher de côté, je ne peux pas à être face à la pente. Pour la première fois de l’ascension la fatigue commence à se faire sentir.
Il nous reste peu et les copains sont déjà en haut. Je regarde derrière moi, je vois Nathalie et Rachel redescendre, je ne serais donc pas au sommet avec elle. C’est dur mais elle a tout donné, je suis fier d’elle!! Moi je continue; c’est toujours aussi raide. Encore 10 bonnes minutes et j’y serai! L’adrénaline fera le travail et on arrive juste pour le lever du soleil.
Et là je n’arriverai sûrement pas à vous le décrire. La montagne je connais un peu quand même, mais au-delà de 3500 mètres non! La gorge serrée, les yeux qui pétillent on se regarde avec les potes et c’est indescriptible!!
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On est au-dessus de tout, les avions ne volent pas beaucoup plus haut. Posés sur cette arête on contemple, sans un mot, une des plus belles choses que je n’aies jamais vues après un effort physique que je ne crois pas avoir fait auparavant. Je n’ai plus froid. Tout va bien, je suis le plus heureux! Comme un enfant! Puis il faut redescendre, finalement on n’a fait que la moitié du chemin. Toujours encordés on y va! Cette fois-ci il fait jour, il fait beau, il fait chaud. Toujours plein d’adrénaline, les feuilles de coca faisant toujours leur effet, la descente jusqu’au High Camp n’est qu’une formalité!Et si beau dans ce désert blanc.
Me voilà au camp où nous avons dormi, je rejoins Nath qui est couchée et qui ne va vraiment pas bien. On mange une soupe avec toute l’équipe pour se réchauffer et on fait les sacs pour redescendre au camp de base. On redescend ensemble avec Nath à notre rythme. On est en bas, à bout, après 12h d’ascension et descente.
Mais tous avec des étoiles pleins les yeux, comme des enfants, l’impression d’avoir vécu et accompli quelque chose d’unique, de grandiose!
Maintenant je veux monter plus haut. Encore plus haut: 6500m, 7000m?

19 réflexions sur “Sky is the limit !

  1. On s’y croirait, ma collègue Steph a versé une larme en lisant ton récit Nathalie!! t’es une tueuse !! c’est une superbe leçon de dépassement de soi!! Bravo et encore merci pour les photos… promis un jour j’irai !!!!

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  2. Les larmes me sont venues, le récit et les photos sont tellement magnifiques. Bravo pour l’ascension. Merci de nous le faire vivre. Vivement la suite 🙂

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  3. On s’y croirait, ma collègue Steph a versé une larme en lisant ton récit Nathalie!! t’es une tueuse !! c’est une superbe leçon de dépassement de soi!! Bravo et encore merci pour les photos… promis un jour j’irai !!!!
    Et Mathieu… c’est un Iron Man ou quoi lol ?!!!!

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    1. Hé oui, j’ai bel et bien versé ma petite larme. Quel récit magnifique et les photos… Merci de nous faire voyager. Bravo pour l’ascension!

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  4. Hé oui, j’ai bien versé une petite larme. Le récit et les photos sont tellement magnifiques. On s’y croirait. Merci de nous faire profiter et bravo pour cette ascension. Vivement la suite 🙂

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  5. Je suis bouche bée devant votre histoire qui est juste incroyable !!!! Bravo à vous 2 et surtout Nathalie je suis impressionnée par ton mental, tu es une vraie battante 🙂
    Bon on a décidé dans le bureau de partir l’année prochaine faire cette ascension, hihi

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  6. Je suis bouche bée… Votre histoire est juste incroyable et extraordinaire. Bravo à vous 2 !!!!!!!
    Et je me réjouis de la suite de votre voyage 🙂

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  7. Hé oui la Steph a bien versé sa petite larme ;-). Merci pour ces photos et le récit qui sont magnifiques. Bravo pour l’ascension et vivement la suite 🙂

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  8. Au ich hann ä Träne verdruckt. Tellement bien expliqué et des très belles photos.
    Je vous aiment et je tiens le pousses pour la prochaine montagne.

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  9. beaucoup d’émotions en lisant ce récit . trop beau et superbement raconté… j’avais mal avec toi …. dépassé ses limites est un bel exploit , quel que soit l’altitude !!! félicitations à vous 2 . gros bisous

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  10. toujours autant de plaisir à vous lire, cette fois plein d’émotions, bravo à vous deux pour cette ascension qui ne fut pas facile. gros bisous à vous deux.

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  11. Force & Indépendance, voilà les qualités dominantes de la Femme des années 2016 ! 5920 m/6088m, c’est un sublime exploit! Bravo Nathalie d’avoir pu tant te prouver. Mais demain est un autre jour, le soleil se lève à nouveau et des défis, il y en aura toujours. La vie fait que l’être humain n’est jamais satisfait, donc pas de regret!
    Mathieu, Bravo ! T’es bien un pur Breton : têtu! 6500m/7000m, ce sera aussi pour demain.
    Un grand merci à vous 2 pour nous avoir permis d’escalader le Huayna Potosi à vos côtés. Quelques larmes ont aussi coulé de notre côté car votre récit est si émouvant.

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  12. Waou…. C’est bluffant et vos récits donnent vraiment envie…
    Malheureusement avec mes poumons d’asthmatique je doute pouvoir réaliser un telle exploit.
    En lisant vos difficultés respiratoires j’avais l’impression d’y être avec vous et de faire une crise d’asthme hahaha
    Merci pour ce beau récit 🙂

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